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Des gens du monde


Éditions Le Seuil, collection "Cadre rouge".

 

 

Admirable galerie de portraits sur ces gens du monde que visite une infirmière libérale à travers la campagne de La Rochelle !

Il y a une vingtaine d'années, dans un village de Charente-Maritime, une jeune infirmière libérale rend visite du matin au soir à ses patients. Elle a vingt-sept ans. L'expérience va durer cinq ans. Les usines ferment, la pêche ne rapporte plus, la population vieillit. On construit des cités et pourtant le paysage reste beau, surtout sous le regard de l'auteur. Il y a des pêcheurs, des ostréicultrices, des jardiniers, des cultivateurs, des ouvriers, des tsiganes, des bigotes, des notables, un transsexuel, un facteur ivrogne, un gendarme légaliste, des gens de maison, des putes à marins, la bonne du curé, une chiffonnière... La maladie et la mort dominent-elles ? Non car toutes les maladies ne sont heureusement pas mortelles et la visite de l'infirmière peut devenir celle d'une confidente.

Loin d'une compassion de principe, ce livre manifeste une compréhension unique de la souffrance, de la détresse, de la folie, de l'extravagance, mais aussi de la fraternité et de la dignité des simples. Avec générosité et avec un humour caustique qui n'exclut jamais l'élan amical et poétique, Catherine Lépront dirige finement une loupe sur un panel de personnages plus vrais que nature. Ajoutez à cette admirable étude psychologique une plume délicate, poétique et féroce, une bonne dose d’humour et de dérision, et vous obtiendrez un très beau roman sur notre société contemporaine. De ces petits riens qui créent le quotidien, de ces joies et de ces drames, Catherine Lépront sait faire émerger, avec des mots justes et vrais, la richesse de la nature humaine. Avec un œil clinique d'infirmière, un œil pudique aussi, sans pathos et chargé de compassion, voici une merveilleuse nouvelle lecture de Catherine Lépront que j’ai eu le plaisir de lire en avant-première au cours de ma participation au jury FNAC 2003. Je n’ai qu’un regret, c’est que ce roman n’ait pas été retenu dans la sélection. Mais vous, lecteurs avertis, ne passez surtout pas à côté ! Vous ferez une délicieuse rencontre que vous savourerez très lentement (438 pages) et que vous ne regretterez pas.

Prix Louis Guilloux 2004.


Catherine Lépront est romancière, nouvelliste, essayiste et lectrice. Elle a publié une vingtaine d'ouvrages parmi lesquels Une rumeur, Le Passeur de Loire, Josée Bethléem et, aux éditions du Seuil, L'Affaire du Muséum, Le Cahier de moleskine noire du délateur Mikhail, Namokel, Le Café Zimmermann.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Catherine Lépront.