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Le Système périodique


Éditions Livre de poche. Traduit de l’italien par André Maugé. Titre original : Il Sistema Periodico.

 

 

« Je dis que la noblesse de l’homme, acquise au cours de cent siècles d’essais et d’erreurs, avait consisté à le rendre maître de la matière, et que je m’étais inscrit en chimie parce que je voulais demeurer fidèle à cette noblesse. Que vaincre la matière, c’est la comprendre, et il est nécessaire de comprendre la matière pour comprendre l’univers et nous-mêmes ; et que le système périodique de Mendeleïev, qu’au cours de ces semaines, justement, j’apprenais laborieusement à débrouiller, était une poésie, plus haute et plus solennelle que toutes les poésies digérées au lycée — à y bien regarder elle possédait même des rimes ! Que s’il cherchait le pont, l’anneau manquant, entre le monde de papier et le monde des choses, il n’avait pas à le chercher loin : il était là, dans nos laboratoires emplis de fumée, et dans notre métier futur. »

Primo Levi, connu pour son témoignage contre la barbarie nazie, était Docteur en chimie. Dans ce livre d’envoûtement et de passion — que nous sommes nombreux à considérer comme l’un de ses plus beaux textes — il opère le classement de quelques épisodes de sa vie, des moments de formation, celle d’un homme de raison qui veut comprendre. C’est donc en 1975, qu’il se lance dans l’écriture de cet ouvrage singulier. En vingt et un chapitres et autant d’éléments chimiques que comprend le système Mendeleïev (hydrogène, nickel, azote, plomb, carbone, etc.), Primo Levi se livre magnifiquement à travers une autobiographie déguisée, évoquant ses ancêtres juifs et sa langue, ses amis et sa famille, sa jeunesse timide et ses amours platoniques, ses études sérieuses et ses expériences foireuses, son admiration pour certains professeurs et ses amitiés fidèles. Cette œuvre est celle d’un écrivain chimiste vibrant d’humanité : une construction lucide et rigoureuse qui pèse et sépare, mesure et juge sur des preuves sûres, s’ingénie à répondre aux pourquoi à l’aide du mot juste, mesuré, bref et fort, tirant les choses du souvenir, les décrivant avec le maximum de rigueur et le minimum d’encombrement. Ces moments d’une vie sont autant de confrontations superbes de la conscience avec la matière, vue tour à tour comme mère ou ennemie. Ce sont les histoires d’un métier « qui n’est en somme qu’un cas particulier du métier de vivre », un métier riche en défaites et en victoires, en aventures et en rencontres, où celui qui le vit intensément engage également raison et imagination.

 

 

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