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Les Identités meurtrières


Éditions Grasset et Livre de poche.

 

 

« Depuis que j'ai quitté le Liban pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais "plutôt français" ou "plutôt libanais". Je réponds invariablement : "L'un et l'autre !" Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité... » Partant d'une question anodine qu'on lui a souvent posée, Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d'assumer en toute liberté ses diverses appartenances ? Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l'affirmation de soi s'accompagne si souvent de la négation d'autrui ? Nos sociétés seront-elles indéfiniment soumises aux tensions, aux déchaînements de violence, pour la seule raison que les êtres qui s'y côtoient n'ont pas tous la même religion, la même couleur de peau, la même culture d'origine ? Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entre-tuer au nom de leur identité ?

C'est parce qu'il refuse cette fatalité que l'auteur a choisi d'écrire Les Identités meurtrières, un livre de sagesse et de lucidité, d'inquiétude mais aussi d'espoir. Maalouf est profondément humaniste. Il met la liberté plus haut que tout et livre une réflexion en faveur de la tolérance, en abordant les notions d'identité, les passions qu'elle suscite, les dérives sanglantes. Il s’appuie sur son vécu, l’actualité, l’Histoire. C'est une invitation à la réflexion sereine sur notre besoin d'appartenance, sur l'Islam et l'Occident, la démocratie, la mondialisation, la survie des langues. « Si celui dont j’étudie la langue, ne respecte pas la mienne, parler sa langue cesse d’être un geste d’ouverture, devient un acte d’allégeance et de soumission. » Une réflexion essentielle, intelligente, qui invite à un humanisme ouvert, dans lequel la vision planétaire de l'homme et sa diversité identitaire ne sont pas forcément contradictoires. Amin Maalouf jette ce cri du coeur, une part de lui-même, un appel qui transparaissait déjà dans ses romans. Il met en garde contre le choix de « s’enfermer dans une mentalité d’agressé », de s’installer dans « la tentation du désespoir ». La bataille n’est pas perdue d’avance. « L’avenir n’est écrit nulle part. » L’idée revient presque à chaque chapitre. Sans prétendre détenir la vérité, il rêve d’une autre conception de l’identité, ouverte, respectueuse des différences, fondée sur les valeurs humaines universelles. On peut ne pas partager toutes ses idées, on peut ne pas être d’accord sur son analyse, sa vision, mais en aucun cas, on ne peut jeter la pierre contre un « fanatique », de la paix.

Prix européen de l'essai Charles Veillon 1999.

Pascale Arguedas

 

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