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Le Testament français


Éditions Mercure de France et Gallimard, collection "Folio".

 

 

Makine est un auteur d'origine russe installé en France. Il a une grand-mère d'origine française qui vit en Russie. Ce quatrième roman d'inspiration autobiographique met en scène un garçon qui, né en Sibérie, rêve de la France comme d'une « Atlantide ». Depuis son plus jeune âge, il fut bercé par les histoires, les fables et les contes d'une grand-mère française : « Je me souvenais qu'un jour, dans une plaisanterie sans gaîté, Charlotte m'avait dit qu'après tous ses voyages à travers l'immense Russie, venir à pied jusqu'en France n'aurait pour elle rien d'impossible […]. Au début, pendant de longs mois de misère et d'errances, mon rêve fou ressemblerait de près à cette bravade. J'imaginerais une femme vêtue de noir qui, aux toutes premières heures d'une matinée d'hiver sombre, entrerait dans une petite ville frontalière […]. Elle pousserait la porte d'un café au coin d'une étroite place endormie, s'installerait près de la fenêtre, à côté d'un calorifère. La patronne lui apporterait une tasse de thé. Et en regardant, derrière la vitre, la face tranquille des maisons à colombages, la femme murmurerait tout bas : "C'est la France… Je suis retournée en France. Après… après toute une vie." »

Le testament est en réalité un héritage, celui d'une langue et d'une culture, celles de la France, une France fantasmée à travers quelques photos et coupures de journaux. Au fur et à mesure que se déroule son récit, la France émerge de la steppe, telle une Atlantide. Ce continent perdu, le petit garçon le fait sien, comme il fait sienne la langue « grand-maternelle ». Sa francité obsède le narrateur. Comme une greffe qu'il caresse ou rejette, selon son humeur, il la désirera violemment, la rejettera et finalement l'adoptera. Ce roman empreint de nostalgie témoigne de la richesse que peut apporter l'appartenance à une double culture. Largement autobiographique, il s'ancre de manière émouvante dans la réalité russe, magnifiquement dépeinte. L'amour du narrateur pour la France et la qualité de son style ne doivent peut-être rien à l'hérédité. Une oeuvre rêveuse et fervente qui invite le lecteur à flâner et à se souvenir des rudes réalités soviétiques. Très bel ouvrage !

Prix Médicis, Goncourt, Goncourt des lycéens 1995 et Prix Eeva Joenpelto (prix littéraire finlandais) 1998. Andreï Makine a reçu en 2005 le Prix Littéraire de la Fondation Prince Pierre de Monaco qui récompense un écrivain d'expression française pour l'ensemble de son œuvre.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Andreï Makine.

 

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