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La Condition humaine


Éditions Gallimard "Folio".

 

 

La Condition humaine achève la trilogie asiatique de Malraux, après Les Conquérants (1928) et La Voie royale (1930). Chine, mars 1927. L'armée du Kuomintang dirigée par Chang-Kaï-Shek s'approche de Shanghai. Les cellules communistes de la ville organisent le soulèvement des ouvriers pour faciliter la prise du grand port industriel par les armées révolutionnaires. Les Européens occupant les concessions (zones franches accordées aux puissances occidentales depuis le XIXe siècle) misent sur l'éclatement du Kuomintang : ils soutiennent Chang-Kaï-Shek contre les communistes...

Une fresque saisissante du conflit révolutionnaire chinois, de l'absurdité de toute guerre, de la cruauté humaine, de l'ambition des financiers, des tractations politiques et diplomatiques, de la barbarie. Chacun des personnages incarne une attitude. Mais tous assument leur condition humaine dans ce qu'elle a de contradictoire. Tous vivent « une aventure tragique » : l'universitaire esthète converti au communisme et qui ne tient que shooté à l'opium, le fanatique suicidaire, le terroriste qui le vit mal, le héros humaniste, l'engagé révolutionnaire entravé dans son action par la santé fragile de sa famille, le trafiquant d'armes et marchand d'art qui étouffe ses questions existentielles sous une perpétuelle bouffonnerie, le grand industriel cynique, amateur de femmes, ambitieux et lucide, enfin le peintre et musicien qui vit dans la sérénité grâce à sa maîtrise de l'Art. Autant de destins parallèles ou convergents, de vies bouleversées par la mort, la solitude, la fraternité, la souffrance. Quel sens donner à sa vie et comment ? Malraux joue sur les contrastes. Son style peut surprendre. Il faut prendre son temps pour le lire, pour le mériter ai-je envie de dire. Car les descriptions psychologiques, les thèmes philosophiques, les dialogues douloureux de lucidité deviennent éblouissants au fil des pages. La Condition humaine est sans concession, révèle en pleine lumière nos propres renoncements. C'est un roman marquant dont on ne sort pas facilement, « d'une intelligence admirable et, malgré cela, profondément enfoncé dans la vie, engagé, et pantelant d'une angoisse parfois insoutenable », comme l'avait écrit Gide.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur André Malraux.

 

 

 

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