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Pas de lettre pour le colonel


Éditions Grasset, Collection "Les Cahiers Rouges".

 

 

Ce récit d'un fait divers colombien est un petit chef-d'oeuvre d'humour et de vérité. Bien des années après la paix des braves, le vieux colonel attend au village, par le courrier hebdomadaire, des nouvelles de sa pension d'ancien combattant dont la promesse s'est perdue dans les labyrinthes administratifs de la vie civile. Il crève de faim auprès de sa compagne asthmatique, nourrissant sa vaine attente de nostalgies d'action clandestine et des victoires à venir de son coq de combat, dépositaire de ses ultimes espérances. Faudra-t-il, en désespoir de cause, manger le volatile, ou au contraire préserver à tout prix ce symbole d'une gloire réduite à présent aux dimensions d'un enclos de combats de coqs ?

Voici une histoire aussi pure que sa prose. Une histoire émouvante par sa sobriété, par la profondeur des angoisses et des difficultés du vieil homme bafoué par la vie. Le Colonel, militaire retraité ayant lutté contre la pression de l'Église catholique, attend depuis vingt ans une pension méritée. Affrontant chaque jour avec sa femme la faim, la honte de la pauvreté, la mort de leur fils assassiné lors d'un combat de coqs, tous deux montrent un village de laissés-pour-compte où la misère engendre l'intolérance, l'ostracisme, les abus, la jalousie... Nous sommes touchés par le désespoir, par la déroute mais surtout par la dignité de ce colonel qui vit une magnifique histoire d’amour avec sa femme, ce sac d’os asthmatique secoué par des quintes de toux. Cette femme qui réplique à son mari « Et toi tu meurs de faim. Pour bien te convaincre que la dignité ça ne se mange pas ». Elle qui demande sans cesse « Que mangerons nous ? ». Ruminée depuis vingt ans, la réponse du Colonel est catégorique : « Nous mangerons de la merde ! » C’est une histoire sur l'impossibilité d’appréhender l'avenir, sur le temps qui existe, qui n'existe pas. On ne sait plus où en est le temps. Il est clair que le colonel et sa femme peuvent survivre à la mort de leur fils. Par contre, pourraient-ils survivre à la mort l'un de l'autre ?

Dans ce bref roman, écrit en 1957 à Paris, on y décèle déjà les thèmes de prédilection et tout le génie narratif de l'auteur de L'Automne du patriarche et de L'Amour aux temps du choléra. En 1999, Arturo Ripstein, scénariste mexicain, grand ami et assistant réalisateur de Luis Buñuel lors du tournage de L’Ange exterminateur, en a réalisé un film qui fit partie de la sélection officielle du festival de Cannes en 1999. On lui a accordé aussi le prix du cinéma latino-américain au Festival du film de Sundance.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Gabriel Garcia Marquez.

 

 

 

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