
Une histoire de bleu suivi de L'Instinct de ciel

Éditions Gallimard, collection "Poésie". Préface d'Antoine Émaz.
« Faute de pouvoir offrir des mots comme on offre des chocolats ou des fleurs, on les dédie. Et de préférence à quiconque : à des inconnus de passage, un soir, en quelque librairie où l'auteur est venu "signer"... Entrer dans le bleu... dans ce regard étrangement fasciné que chacun pose sur le ciel ou sur la mer... les yeux que l'on pourrait croire tournés vers le dedans ou vers nulle part... tel est l'objet ou le propos de ce livre. Pour dire ce bleu insaisissable ("L'instinct de ciel en chacun de nous", comme l'écrivait Mallarmé), il fallut en cadrer les nuances dans de brèves proses lyriques et réflexives, propres aussi bien à l'analyse qu'à la célébration. Il fallut donner à entendre une espèce de blues où l'intime et l'impersonnel se mêlent. C'est là ce que j'appelle parfois un "lyrisme critique"... » Jean-Michel Maulpoix
Une histoire de bleu date de 1992, L'Instinct de ciel, de 2000. Sous l'égide de Mallarmé, les deux titres regroupés se font écho dans leur questionnement du bleu, du blues, du beau, de la mélancolie, de l'heureux, face à l'immensité du ciel ou de la mer. Sur le fond, beaucoup de choses les unissent. Tout d'abord une prose poétique délicieuse qui aimante par la force de sa simplicité. Nul mot tordu, nulle tournure alambiquée, nulle intellectualisation de la poésie qui la rend si moche et qui éloigne le peu de lecteurs du genre. Au contraire, la musique est belle, simple et mélodieuse. Les thèmes approchés sont à la fois tristes et beaux. On y conte l'amour et sa perte, le bonheur niché dans les petits riens et la vie bruyante des gens pressés et aveugles, la vie et la mort, les âmes et les dieux. La beauté offerte par la nature, ses étendues de bleus, l'horizon qui les unit ou les sépare, attisent le désir de flotter aux frontières à la recherche de soi ou des autres, de frayer avec l'énigme de l'infini, de la vie, de se forger un regard et de tenter de le comprendre. Certains rient, s'évadent, changent de couleur ou d'humeur, pleurent. D'autres ne conservent aucune trace de ce qui les traversent, perdent la mémoire, le fil de leur histoire.
Une histoire de bleu c'est aussi neuf chapitres, très courts, réunis chacun en neuf textes. Les larges marges au bas des pages invitent à la méditation, au repos, pendant que d'anciennes vaguelettes courent à la surface de l'émotion. On ne cherche ni plan ni structure. On sent, on écoute, on fait confiance, on vibre. L'Instinct du ciel, par contre, se promène à la frontière des intimités de l'autobiographie et du récit de voyage intérieur. Les textes s'allongent sur quelques pages. Sans noms, ils se suivent, se répondent, éveillent des échos profonds. Ils célèbrent souvent le fruit d'une rencontre avec l'écriture, sa vitalité, son compagnonnage, sa fidélité. La fuite, l'étrange attirance du grand large, le regard des autres, la soif d'autre chose, entraînent toujours plus loin afin de mieux comprendre le proche, le quotidien. Ce recueil fascine, aimante, dorlote. On s'y sent bien, au chaud, bercé par les vagues d'une poésie pleine d'émotions, de rêves, de chimères, de questionnements, de vie. Ni amer ni sombre, Jean-Michel Maulpoix, le bleu à l'âme parfois, nous éclaire pourtant de son regard tendre qui permet de croire encore aux beaux jours de la poésie contemporaine. Sur un air de blues, il joue une vieille chanson d'écume et de nuages. Un très beau kind of blue.
« Un poète est un contemporain soucieux d'éternité. Un homme quelconque et transitoire, curieux de ce qui se rapproche ou s'éloigne. Occupé à redistribuer sans cesse les cartes de ce jeu qu'on appelle la vie, il éveille, pour décor, l'ambiguïté de quelques figures belles, aux intersections. Il rejoint, par des voies trompeuses, le chemin juste. Poète, celui dont le visage demeure suspendu à la voix. Celui qui guette parmi les figures ses propres traits. Celui qui ne sait qui il est mais ne cesse de dire " je ", en direction d'autrui et de soi-même. Celui qui partage avec toi son ignorance, obstinément. Celui qui te fait don de ses errances. Celui qui parle depuis ton cœur où sans effraction il s'est glissé : la porte était restée ouverte. Celui qui éprouve à distance le même désir inconsolable. Celui que tu ne rejoins pas, comme tu ne rejoins pas ton ombre. » Jean-Michel Maulpoix
Pascale Arguedas
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