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Les Coups


Éditions Gallimard, collection "Folio".

 

 

C'est l'histoire toute simple d'un gars qui fait le manœuvre dans des petits ateliers de mécanique. Félix tente d'expliquer en phrases saines et drues son désarroi d'être incompris et de mal comprendre. Que ce soit dans ses discussions avec ses patrons, avec les cousins ou avec sa femme, Paulette, Félix souffre toujours de savoir mal s'exprimer. Il lui arrive même d'entrer en conflit, dans l'esprit de sa femme, avec de superbes mots de roman-feuilleton, et de perdre la bataille. Alors, il bat sa femme, au bout du désespoir. Tout comme on est contraint de faire la révolution lorsque les mots, les échanges et finalement l'existence ont perdu tout leur sens profond pour sombrer dans la vulgarité des idées trop couramment reçues et trop rarement ressenties.

Les Coups, premier roman de l'auteur, paru en 1942 (chez Gallimard via Raymond Queneau) évoque le monde ouvrier, l'incommunicabilité dans le monde du travail, dans les relations familiales et amicales. Pourtant de haine il n'en n'est pas question. Mais plutôt de la rage, tour à tour contenue puis explosive, devant l'impuissance de ne pas savoir communiquer. Félix a rencontré l'amour, « cette parenthèse enchantée » mais invivable pour lui qui ne maîtrise pas « les mots pour le dire ». Comment parvenir à s'aimer ? « En pleine réconciliation on reprenait les mots de la veille pour les mettre en habits du dimanche ».

Sous une plume imagée et cadencée, l'incompréhension et les vexations finissent par noyer son bonheur. Retranché dans un silence hargneux, Félix passe au crible le monde de la solitude ouvrière et celui de la condescendance en faux col. S'en suit une galerie de portraits unique et satirique, du populo communiste au joueur mesquin en passant par l'ivrogne bourgeois et la pute suffisante. Nul n'est épargné dans cette histoire pathétique, si minuscule qu'elle en ressort grandie à l'échelle d'un chef-d'œuvre. « On s'amollit à fouiller son passé. On se taraude les bases. On prépare le vermoulu, le raffinement, la ruine. J'aime mieux ne pas insister. » Les Coups reçoivent les encouragements de Roger Martin du Gard. Quant à Gide, il ne tarit pas d'éloges.

Pascale Arguedas

 

 

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