
Riz noir

Éditions Gallimard
Un roman certes, mais surtout le témoignage d'une mémoire
martyrisée où les tortionnaires sont des fonctionnaires
qui torturent aux heures d’ouverture des bureaux (pratiques universelles, hélas, lire les récits sur le Rwanda de Hatzfeld).
«
En 1968, la guerre du Vietnam bascule. La violence parvient
à son paroxysme lors de l'offensive du Têt : Saigon
est à feu et à sang. Au-delà de certains
faits réels, j'ai tenté de donner à voir
et à sentir le Vietnam de mon enfance. Ce roman
m'a été inspiré par l'histoire authentique
de Tan, que j'ai connue au lycée, et de Tao, deux sœurs
de quinze et seize ans arrêtées, torturées
puis internées dans le bagne de Poulo Condor, au large
de Saigon, à la fin des années 1960. À travers
la mémoire des jeunes prisonnières, jusque dans
les cages à tigres de Poulo Condor, les paysages du Vietnam
restent vivants. Odeurs, rites et secrets, couleurs : noir de
la soie laquée et des ténèbres de la prison,
blanc du riz et de la chaux, jaune de la carambole et des robes
de bonzes, rouge des papiers démonifuges ou du sang menstruel...
Le livre est dédié à Tan et Tao, ainsi qu'à
toutes les femmes vietnamiennes, filles de dragon selon la tradition,
filles d'eau et de feu, fragiles et invincibles. » Anna
Moï
Histoire où
entre les couvre-feux « on a vécu dans la maison
comme sur une barque à la dérive dans le lit d’un
fleuve souterrain en crue, après un passage durement payé.
Les repères de nos rivages, ceux de cette terre et ceux
de l’au-delà, ont été pulvérisés.
» Un ouvrage à frémir, mais aussi un chant
d'amour au Vietnam orné de cette poésie vietnamienne
qui embellit la plume. Discrètement incantatoire, ce récit
est brodé de mots d'une infinie douceur pour dire l'abomination
absolue. Riz noir le rappelle sans détour ni fausse
pudeur: même le pire peut susciter la nostalgie.
Pascale Arguedas
L'auteur
Anna Moï est née et réside une partie de l'année
au Vietnam. Riz noir est son premier roman. Anna Moi,
styliste (elle a créé sa propre ligne de vêtements)
écrivain et journaliste, est d’origine vietnamienne
mais elle écrit exclusivement en français. Incapable
de créer la moindre parole en exil, elle est revenue vivre
à Saigon, sa ville natale, depuis 1992. Là, elle
rédige des articles pour la revue Passions Vietnam et des nouvelles : L’Echo des Rizières (Aube
2001), Parfum de Pagodes (Aube 2003), Riz noir (Gallimard 2004).
Un jour, peut-être, retournera-t-elle en France pour y écrire
en vietnamien.