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Enfin la vérité sur les contes de fées


Éditions Le Dilettante. Avant-propos de Nicolas Rey.

 

 

Marion, vingt-sept ans, étudiante en médecine aux urgences, présente tous les symptômes de la femme libérée. D’humeur souvent badine, elle prolonge son adolescence dans un appartement avec des colocataires gais lurons. Antoine, un gentil garçon plan-plan qui prépare Sciences-Po, pas aventurier mais très enthousiaste avec qui elle sort après avoir lâché Simon, éternel écorché et toujours amoureux. Théo, délirant et attachant, et Alban, gros et un peu répugnant. Elle rit, elle pleure, elle baise, elle fume, elle boit et nous concocte un arc-en-ciel cocasse aux couleurs de la vie et aux allures de conte des temps modernes.

Peu conventionnelle avec ses airs délurés et son attirail de «grognonnage», Marion est une super chipie sexy. Les femmes l’aimeront très vite tant elle pourrait leur ressembler. Tendre et empoisonneuse, enjôleuse et emmerdeuse, elle les fera rire de leurs travers et de leurs forces grâce à des expressions tordantes, des jeux de mots à se rouler par terre, des situations hilarantes qu’elle décrit d’un humour féroce, des dialogues et des questions pleines de fiertés et de lâchetés, si vraies, que le sexe féminin appréciant l'autodérision ne pourra que s’y retrouver. Elle n’a rien d’une fleur bleue et elle est surprenante de romantisme, le vrai, le beau, celui qui éclabousse de joie, de larmes et de sentiments contradictoires. Aimant les sables mouvants et les adultes qui restent d’éternels enfants, elle trouve «super con le fonctionnement du couple où règnent les susceptibilités ménagées et les arrangements de bas étages». Elle joue la princesse avec les mecs et n’hésite pas à les planter quand ils la fatiguent pour tenter une expérience homosexuelle avec sa copine Julie. Elle dit non à la suprématie du string, pratique la régression dans les moments de stress en mangeant des bonbons et en suçant son pouce, se saoule, envoie des signaux de fumée et s’accroche à l’idée du prince charmant, entre pelotées de cuisses et amitiés. On n’en attendait pas moins d’elle, ressuscitant après une panne de cœur qui lui a fait perdre trois années de bonheur. Chassez la morosité qui plane dans la littérature actuelle et lisez la miss Renault ! C’est une espiègle en diable qui fait un bien fou : « Parents. Si vos enfants sont des enfants sages, dites-leur la vérité. Dites-leur qu’il n’y a que dans les contes de fées que les princes et les princesses finissent mariés. En revanche, si vos enfants sont des rêveurs, des cancres et des menteurs, vous pouvez toujours leur dire la vérité. Je vous parie ma tête qu’ils ne vous croiront pas. » Un magnifique premier roman.

On peut lire cette comédie de mœurs sous deux angles, celui de la découverte d’un roman qui tient tout seul debout comme narré ci-dessus et comme le contrechamp d’un autre ouvrage, Treize minutes, de Nicolas Rey. Treize minutes, c'était le temps dont bénéficiait Simon pour rater sa vie au sein d'une chambre à l'accueillante obscurité. Auparavant, il avait zappé son avenir professionnel, trinqué à l'horreur économique et navigué en plein mensonge jusqu'au dernier naufrage. Entre une amitié excessive, quelques déviances et lâchetés sans excuse, Simon, déjà fatigué de vieillir, regardait sa chute s'effectuer comme d'autres jettent un œil sur un film de série B. Dans Enfin la vérité sur les contes de fées, Murielle Renault s'invite dans le récit comme Marion dans l'appartement. L'histoire est semblable mais l'angle de visée, le regard, différent. C'est Marion qui raconte, non plus Simon. Plus qu'un changement d'optique narrative, c'est une autre chimie passionnelle qui s'élabore, un autre corps qui témoigne, jouit et souffre, une autre mentalité qui décrypte les événements.

 

L’auteur
Murielle Renault a passé la trentaine mais ne s’en soucie pas. Elle a grandi en Normandie mais ne jure plus que par Paris. Elle travaille dans l’informatique mais n’a jamais acheté d’ordinateur. Elle aime sortir mais aussi beaucoup dormir. Elle envoie des courriels mais téléphone peu. Elle aime lire mais aussi écrire. À moins que ce ne soit l’inverse.

Pascale Arguedas