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Les Causes perdues


Éditions Gallimard collections "Blanche" et "Folio".

 

 

1985. Famine en Éthiopie. Pour porter secours aux populations, un petit groupe décide de passer par l'Érythrée et débarque à Asmara. Là, une figure étonnante, Hilarion Grigorian, Arménien d'Afrique, observe la rencontre improbable de cette jeunesse d'Europe avec un pays où la beauté des femmes, la force des paysages, le mystère des magiciens brisent toutes les certitudes. Les humanitaires sont mis en scène de l'intérieur, nous révélant leurs destins individuels, leurs amours, leurs faiblesses et les dilemmes profonds de leur action. Jean-Christophe Rufin est un des pionniers du mouvement humanitaire « sans frontières ».

Le narrateur, un vieil arménien, ancien marchand d'armes de 83 ans, raconte le débarquement des humanitaires dans un pays dont il ignorait qu'il crevait de faim. En 1985, la misère avait été fomentée de toute pièce par le gouvernement éthiopien afin d'émouvoir l'opinion des pays riches, de déporter massivement les populations en vue d'un rééquilibrage démographique. C’était donc une décision politique. Il n'y a de causes perdues pour personne… Jean-Christophe Rufin, démontre, avec un réalisme affligeant, que l'altruisme est la forme supérieure de l'égoïsme. À qui a profité et à qui profitera encore et toujours l'aide officiellement destinée aux plus démunis de la planète ? Apaiser les misères humaines, c'est se donner le beau rôle. L’auteur nous fait partager la rencontre fortuite de ces deux peuples noirs et européens, de ces cultures diamétralement opposées et de cet amour/haine. Il se laisse fasciner, étonner, et parle des malentendus, de la vie, de l'humain qui se cache derrière le choix d'un peuple à aider, de l'idéologie déçue cachée derrière toute oeuvre de ce type,. Il évoque également les contrastes entre ces chrétiens, si éloignés malgré tout des catholiques, et ces jésuites qui ne parviendront jamais à les convaincre. Il explique la vulnérabilité fondatrice de cet État qui le rend si attachant. Enfin Rufin raconte la poésie que dégage cette région et sait nous entraîner dans sa passion. Il se dit écrivain-peintre, visuel. Et il est vrai que dans sa description des paysages, du style de vie, dans ses portraits, on sent l'émerveillement.

Prix Interallié 1999.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Jean-Christophe Rufin.

 

 

 

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