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Paul Léautaud


Éditions Le Castor Astral, collection "Millésimes Biographie".

 

 

 

Paul Léautaud, diariste hors pair, conspué ou vénéré, est décédé en 1956. Après une enfance de misère, il meurt riche et célèbre grâce à l’enfantement de son Journal littéraire. Qui était-il donc ? Une langue de vipère, un contradicteur, un libertaire scandaleux, un épicurien curieux, un solitaire autodidacte, un défenseur acharné de la cause animale, une âme méchante et vivante à la liberté d’esprit peu commune, un écrivain original qui tint le dictionnaire en horreur ? Martine Sagaert, professeur de littérature contemporaine, spécialiste d'André Gide et de Paul Léautaud, avait mené l'enquête en 1988. Elle propose aujourd’hui une nouvelle version de son essai, publié initialement à La Manufacture.

Paul Léautaud se fera tout seul. Enfant naturel, il est abandonné dès sa naissance par un père qui s’en foutait et une mère en cavale qu’il élèvera toute sa vie au rang de mythe de la femme fatale, la rêvant, l’aimant, elle, l’éternelle absente. La préface de Philippe Delerm, qui, on le sait (cf. Maintenant, foutez-moi la paix!), est aimanté par Paul Léautaud, donne le ton. Il « avait trouvé son chemin : celui d'un homme qui n'écrirait que sur lui-même - plus de huit mille pages sur soi, qui dit mieux ? qui n'écrirait que pour son plaisir, dédaignant les prix, les médailles, les stratégies, qui ne vivrait que pour écrire. Comment ne pas se passionner pour un tel écrivain, quand on l'a découvert ? »

Cet enthousiasme communicatif ne faillit pas tout au long de l’ouvrage. Léautaud écrivait pour s’amuser, habité d’un esprit ironique, railleur, riant aussi de lui. Il écrivait « d’un trait, sans y revenir », réfutant en bloc toute correction. L’important c’est le ton, la personnalité, même faite de défauts, pas le métier ! Qu’il plaise ou déplaise, il n’en avait cure. Il aimait enfreindre les règles, toutes les règles. Martine Sagaert analyse sobrement les fêlures de sa vie singulière. Point par point, s’appuyant sur des références, des extraits du Journal et des entretiens accordés, elle cerne une personnalité étrange qui s’est bâtie sur des manques et des souffrances, des déchirures passionnées. Franc, direct, caustique, il était hanté par la mort : « Il aimait tant la vie qu’il en aurait voulu une autre, plusieurs autres, pour mieux vivre sa chance d’être en vie. Il la voulait forte et il n’acceptait pas qu’elle mourût. » Elle ne ressasse pas tout ce qu’on connaît de Léautaud, l’antimoral, l’antisocial, l’antipatriote, même si on ne peut l’éviter. Elle puise avec intelligence et acuité dans les failles du quotidien, dans ses relations difficiles avec autrui, dans ses amitiés (Gide, Mallarmé) pour tenter de cerner cette soif de liberté, cette franchise souvent désastreuse, cette drôle d’humanité et ces prises de position mémorables et discutables. Elle a du rythme, de la tenue, évoquant ce « monstre » avec beaucoup de sensibilité, sans s’épancher. « Léautaud veut être pour la postérité un méchant homme. » On entend sa voix, liant d’une prose maîtrisée ses propres réflexions et interprétations aux emportements ou joies de son sujet. Léautaud était un auteur scandaleux par ses audaces. Sa parole, venin, magie, sarcasme, ironie. Sa devise : « Aucun maître, ne rien servir. » On l’entend encore, grâce à elle.

Pascale Arguedas

 

 

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