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La Vie obstinée


Éditions Phébus, collection "Libretto". Traduit de l’anglais (États-Unis) par Eric Chédaille. Titre original : All The Little Live Things.

 

 

non timeo sed caveo
(je ne crains pas, mais je me méfie)

 

 

Dans les années 1970, Joe Allston et sa femme, deux intellectuels de la côte Est, mariés depuis quarante ans, sont venus s’établir dans la Californie de l’intérieur, en quête d’un peu de tranquillité. Ils passent le plus clair de leur temps dehors, à simplement ouvrir de grands yeux, les jours filant comme le miel d’une cuiller. Joe s’émerveille devant les beautés d’une nature ici et là préservée, glose sur mille sujets, ronchonne. Rigole aussi — ce n’est pas un si mauvais bougre, seulement un vieux grigou moliéresque, un birbe affable, un bougon sombre et courtois qui s’entend mieux aux remarques ironiques et aux réponses évasives qu’au petit jeu du confessionnal. Leur retraite dans ce coin de paradis perdu révèle un bourdonnement profond et vibrant, le rugissement lointain d’une société âpre au gain qu’ils ont tous les deux à moitié rejetée. Heureusement, domine la rumeur ténue et rassurante du monde naturel. Ruth prêche douceur et pondération, qui ne sont pas les penchants naturels de Joe. Dès qu’il lui montre quelques signes de conversion, elle lui remet en mémoire l’insatiable agresseur, ce fameux Peck… Car oui, tout irait bien s’il n’y avait certains voisins, dont ce jeune Peck qu’il a autorisé à camper sur sa propriété. Un farfadet ou farfelu, un mauvais Thoreau en quête d’une liberté acquise de manière irresponsable et dérisoire, un beatnik qui force Joe à être plus conservateur que voulu. Peck incarne le mauvais fils, aussi ingénieux qu’irrévérencieux. Il a tous les tics du jeune qui se dit anarchiste mais qui n’est qu’un squatter, un intrus, un violateur, un importun exalté au regard fiévreux qui a foi en l’émancipation individuelle. Il exaspère Joe car lui rappelle son fils unique, à jamais perdu pour les mêmes raisons. Peck constitue une menace, réveillant inconsciemment une blessure non guérie. Aiguillon de la conscience, il incarne, en raison de son inclination pour l’irrationnel, tout ce que Joe déteste.

 

 

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