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Les Collines d'eucalyptus


Les Collines d'eucalyptus de Duong Thu Huong. Éditions Sabine Wespieser.

 

L'utopie et l'espoir tissent la vie des hommes.
Tân Son Nhât

 

Parce qu'elle est une femme d'honneur et de loyauté, Duong Thu Huong se sent redevable envers sa cousine dont l'adolescent fugueur de seize ans n'a jamais pu être retrouvé, malgré ses recherches il y a presque trente ans. Parce que c'est une combattante qui a échoué dans sa mission et un écrivain de mémoire hanté par les fantômes d'un pays écrasé par un régime dictatorial contre lequel elle livre une guerre clandestine (depuis Paris, lire notre interview de 2006), Duong Thu Huong a envisagé pour lui deux issues possibles, deux destins vraisemblables romancés dans Sanctuaire du cœur et Les Collines d'eucalyptus. Dans le premier ouvrage du diptyque, le héros fuyait un amour incestueux et devenait gigolo. Dans celui-ci on accompagne, sur huit cent pages magnifiques, l'exil intérieur d'un fils unique brillant, fuyant à regret sa famille, ses amis, sa terre, car il est prisonnier d'un démon inavouable : l'homosexualité.

L'histoire s'ouvre au camp de détention PA14 où Than, purgeant une peine de trente ans pour meurtre, est condamné aux travaux forcés. Sur cinq mille détenus ils ne sont que soixante-dix dans son cas, tous les autres n'ont enfreint aucune loi, ont été emprisonnés uniquement parce qu'ils haïssaient le régime communiste. Les conditions de vie sont féroces : violence, insalubrité, famine, sangsues et moustiques (paludisme), dans un décor de caillasse et de poussière. L'homme y est devenu lâche et cruel car il a perdu toute humanité. Comme si celle-ci mourait plus de son ignorance que de la guerre, comme si seule la mort pouvait mener à la liberté de l'âme, l'écrivain démontre qu'au bagne l'instinct grégaire est le plus archaïque et le plus puissant de l'espèce humaine.

Than souffre mais ne se plaint pas, endosse son acte et se souvient, pour échapper au purgatoire. Il remonte dans le temps jusqu'à son enfance heureuse, lorsqu'il était habité d'une sensation de confiance et de bonheur. De liberté. À courir les bois, respirer le parfum des arbres élancés, écouter leur chant gracieux dans le vent. À jouer avec ses amis et aimer ses parents, surtout sa mère, adorée. Jusqu'à ce qu'il prenne conscience, avec effroi à l'adolescence, de son homosexualité difficile à assumer au sein d'une société où ils sont considérés « comme des coqs à deux queues ou des buffles à trois cornes. » Il n'a plus le choix et tout s'enchaîne : fugue, bouleversement des habitudes, anxiété permanente, tourments, espérances, profondes déceptions, tentatives frénétiques de refaire sa vie, bagne.

 

 

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