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Toute humanité mise à part


Éditions Quadrature

 

 

On croit découvrir une autre Emmanuelle Urien que celle croisée dans Court, noir, sans sucre car le ton est moins acide, plus aigre-doux, et pourtant c’est la même. La même attention aux autres, le même amour pour une humanité pas si en marge que cela. Le même cœur rempli de compassion aussi, pas celle de sœur Emmanuelle, quoique, parfois on y pense, on se dit qu’il est impossible qu’elle n’ait pas laissé traîner ses yeux curieux et amoureux du côté des pauvres de la planète pour leur offrir tant d’hommages à travers ces douze histoires.

Même si ce recueil me semble plus inégal que le précédent, l’évidence est là : elle a un sacré style cette nana ! Alors je prends ma plume, mon clavier, ma souris, et j'essaie de l'évoquer afin qu’elle trouve le public qu’elle mérite. Emmanuelle Urien bannit l’illusion, évite les leurres à deux sous et oblige les autruches à sortir la tête du sable. C’est encore dans les pas des gens ordinaires qu’elle met les siens et trace un chemin marqué d’empreintes indélébiles pour les sensibles. Ses quelques mots simples, ajustés, francs comme du bon pain sont au service de cœurs cabossés par la vie, la mort, le désamour ou la honte. Ils nous touchent, dérangent, creusent là où ça fait mal, tout en caressant notre âme. Ses phrases font réfléchir. Pimentées d’un humour fin, elles restent légèrement acides et captent l’attention. Pour qui sait lire optimiste, la surprise vient du fait qu’Emmanuelle piège agréablement les petits riens des gens bien dans les rais de lumière abandonnés par une foule anonyme de salauds, indifférents à la misère et à la peine d’autrui. C’est une humanité en marche arrière, en somme, dont elle fait le bilan. Une humanité égoïste, amnésique, contemporaine, mais surtout, en filigrane, une autre, un brin désabusée certes, mais vivante, qui éprouve un chagrin gros comme le monde à digérer ce plat quotidien. Toute humanité mise à part, c’est douze histoires amèrement cruelles et parfois nostalgiques pour dire notre Histoire, celle ou commence et finirait le monde si des Sentinelles éternelles ne guettaient son dérapage et en profitaient pour mettre en lumière le peu de gens qui ont un brin de conscience et de générosité. Il n’y aura jamais prescription à nous servir une Planète béton encerclée de Chiens méchants et nous Délivrer du mal, le temps d’une lecture.

Prix de la ville de Balma 2007.

 

L'auteur
Emmanuelle Urien est née en 1970. Elle a d'abord cherché sa voie, exploré méthodiquement la surface du globe, et mené de longues études au cours desquelles elle a jonglé avec les chiffres en plusieurs langues, sans jamais y trouver son compte. Il y a trois ans, le démon des mots, qui la traquait depuis l'enfance, la rattrape définitivement : elle écrit. Ses premiers pas d'auteur la conduisent vers les concours de nouvelles, elle y gagne une centaine de prix, des lecteurs et un peu d'assurance. Publiée dans de nombreuses revues et anthologies, elle écrit également des fictions pour Radio France.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Emmanuelle Urien.