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La Collecte des monstres


Éditions Gallimard, collection "Blanche".

 

 

Et de trois ! Emmanuelle Urien n’en finit pas de marquer des points avec ses recueils de nouvelles. Considérez cette ascension : un troisième ouvrage en trois ans, édité aujourd’hui chez Gallimard en collection "Blanche" ! Si cette maison avait eu la chance de lire Court, noir, sans sucre elle n’aurait pas douté de ce rare talent qui éclaire aussi les pages de La Collecte des monstres : « La vie charrie des monstres. Des personnages discrets à l'existence encombrante, dont Emmanuelle Urien révèle l'histoire en quelques pages. De ces gens presque ordinaires elle dit le quotidien, dans ce qu'il a de moins glorieux et de plus sombre. Son écriture vive et mordante raconte leurs soumissions, leurs renoncements, et les étonnants sursauts qui les mènent à la démesure. La vie est là, calme et terrible. »

Les lecteurs avertis ne découvrent rien, ils connaissent cette plume sereine, noire et grinçante qui dynamite tout azimut. Ils sont contents qu’enfin un grand éditeur la remarque et la publie. Si vous la découvrez, méfiez-vous, elle s’est déchaînée dans ce recueil. Sous son air de ne pas y toucher elle fait drôlement mal à travers ces dix-huit nouvelles qui décortiquent les souffrances, remuent le couteau dans la plaie de nos folies quotidiennes. Ses personnages sont des gens croisés tous les jours (vous, vos voisins, les anonymes de la rue) en quête de bonheur, de beauté, d’amour, d’argent. Ils sont à la recherche de la perle rare, d’un boulot, d’une santé, d'un toit, de silence, de liberté. Ils vivent un enfer personnel ou en reviennent avec des relents d’agonie, de racisme, de sida, de divorce, de prostitution. Rien que du très banal en somme, car où est la normalité dans ce monde qui se joue de la pauvreté, des trafics d’organes, de came et des couleurs de peau ? Emmanuelle Urien surfe sur cette frontière qui lui est coutumière, en tons souvent froids avec un sourire de prédateur qui se dessine doucement à l’orée des pages, articulant ses mots « entre les dents serrées par l’angoisse ou la haine ». Elle n’oublie personne, les femmes et les enfants d’abord ! Dans un humour caustique et une écriture travaillée, elle commence toujours tranquillement puis, insidieusement, la tension monte et assombrit le paysage. On la sent venir mais elle nous surprend toujours par des chutes imprévisibles et souvent mortelles. Certaines sont monstrueuses et pourraient être pressenties — si l'on est très attentif et qu'on ne se laisse pas hypnotiser par la force destrucrice de ces histoires — car elle sème des indices dans les titres et tout au long du chemin. Âmes sensibles s’abstenir. Les autres, foncez, car c’est « un peu comme dans un Tex Avery. En moins drôle. »!

 

L'auteur
Emmanuelle Urien est née en 1970. Elle a d'abord cherché sa voie, exploré méthodiquement la surface du globe, et mené de longues études au cours desquelles elle a jonglé avec les chiffres en plusieurs langues, sans jamais y trouver son compte. Il y a trois ans, le démon des mots, qui la traquait depuis l'enfance, la rattrape définitivement : elle écrit. Ses premiers pas d'auteur la conduisent vers les concours de nouvelles, elle y gagne une centaine de prix, des lecteurs et un peu d'assurance. Publiée dans de nombreuses revues et anthologies, elle écrit également des fictions pour Radio France.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Emmanuelle Urien.