
L'Oiseau du mois

Éditions Le Dilettante. Illustrations d’Albert Lemant.
« Vialatte est inextinguible. Il narre par le menu des faits divers piquants à base d'hommes ternes et de chiens savants, de bric-à-brac et d'antiquités tardives. Le monde qui en découle est un grenier dans la rue où la main agrippe ce qu'a promis le rêve éveillé. Pour lors, l'année est un perchoir à étages, une volière chaotique. Janvier est le mois du Pic-Vert, marteau piqueur des troncs. Février, du Corbeau, qui raffole des potences et de la dignité. La Chauve-Souris se heurte en mars aux voûtes des châteaux ruinés. L'oiseau d'avril, c'est l'Auvergnat dur au froid, lyrique, sociable et aventureux. Le ciel de mai voit passer la Sorcière, qui cingle vers l'Allemagne pour pique-niquer avec le diable. Puis ce sont la Chaisière, l'Oiseau de malheur, l'Oiseau rare, l'Oiseau de Gripschitz ; l'aile de Bœuf est un des bons morceaux de ce volatile émouvant et laborieux. »
Quel numéro ce Vialatte, quel drôle d’oiseau ! Il fait ce qu’il veut des mots, les presse, les essore, les rallonge, les invente, les fait chanter, les marie drôlement, et surtout, les mélange dans un art consommé tout à fait vialattois qui nous ferait croire n’importe quoi ! On se paye une belle tranche comme son pic-vert qui «s’envole avec un rire de dérision sur l’air de Woody Wood-pecker. C’est le sarcasme de Voltaire, c’est le ricanement de Paul Léautaud.» On pouffe sans cesse devant l'imagination délirante de ce grand comique, excellent écrivain, prosateur hors pair. Imaginez un corbeau qui marche à pas comptés, grave, digne et notarial. Une chauve-souris qui, à cause de ses mamelles pectorales, ressemble à la marquise de Pompadour. Une chaisière qui ne fait pas le printemps. L’oiseau de malheur qui peut sortir d’une poubelle de faubourg ou d’un contrat de mariage. Et l’on sait que l'oiseau rare ne court pas les rues mais connaissez-vous l’oiseau de Gripschitz ? Normal, il n’existe pas ! Ce qui n’empêche le grand Alexandre de nous conter par le menu son histoire hilarante. On ne s’étonne plus d’apprendre que le bœuf est un oiseau utile, le loup un oiseau nuisible et que «les nains ne parlent pas nain. Ils lisent le journal comme tout le monde. Ils peuvent mettre leur culotte eux-mêmes en montant sur un escabeau.» Dans ce calendrier ailé totalement disjoncté, il pleut, il neige, il fait grand soleil. Il faut en profiter car «l’homme n’est que poussière. Il relève du plumeau.»
Pascale Arguedas
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