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Mémorial


Éditions Zulma

 

 

Voici peut-être le plus musical, le plus beau et le plus douloureux texte de Cécile Wajsbrot. Le plus abouti aussi. Déterminée à faire la lumière sur les zones d'ombre d'un passé familial chargé de mystère et de douleur, une jeune femme prend le train pour Kielce, en Pologne. Devant les paysages qui défilent, des voix l'interpellent. Des voix qui instaurent un étrange dialogue entre elle, son passé, le présent. Quais de gare, frontières, visite de la ville de Kielce... Quelles réponses, quelles clés est-elle venue chercher sur ces lieux tant éprouvés par la Seconde Guerre mondiale ? L'écriture musicale de Cécile Wajsbrot dessine avec audace et subtilité une destinée ployant sous le poids de la mémoire. Tout ici fait lien et écho à la démarche d'une narratrice qui nous devient singulièrement proche.

Composé de trois parties qui s'emboîtent parfaitement dans un ordre chronologique même si elles semblent vivre parfois un décalage qu'on ne sait identifier clairement ce roman est à chaque passage éclairé par un petit texte sur le harfang des neiges, un oiseau qui survole les ténèbres. Des correspondances se font soudain, des échos résonnent très profondément en chacun de nous. Ces éclairages lumineux de volatiles font penser à quelqu'un qui passe son temps à chercher quelque chose qu'il ne trouvera pas. Et c'est ce qui est bien. C'est ce qui pousse l'homme loin dans ses questions, dans ses fouilles, dans ses décombres, dans ses zones géographiques et désertiques. Ces zones sombres de l'âme où la grâce prend corps, où la littérature naît. La grande force de Cécile Wajsbrot est de rendre universelle une histoire qui l'habite depuis toujours et que l'écriture lui permet de partager.

Une écriture où les mots s'écoulent dans une fluidité musicale stupéfiante. Ce roman polyphonique est un opéra, parfois un requiem, sur un mode de narration récitatif où les dialogues n'en sont pas vraiment car ils ne se répondent pas. L'échange prend naissance au-delà, dans ces voix qui viennent d'ailleurs, de loin, et qui constituent un chœur. Des voix chantées dans une langue mystérieuse, celle perdue dans l'exil, dans l'émigration. Comment prendre en compte la rupture, l'histoire des générations précédentes ? Comment lutter contre le mensonge, l'illusion, le silence et l'oubli qui donne bonne conscience ? Comment échapper au chaos, au vide qui aspire, au train fantôme ? Comment vivre aujourd'hui, et ensuite comment avancer ? Peut-être en luttant contre le cours amnésique des choses et en suivant la rivière qui traverse ce mémorial, cette eau qui baigne toute l'œuvre de l'auteur prête à parler avec ses ombres. Cet écrivain qui bâtit un monument littéraire depuis des années, dans l'ombre des grands courants. Peut-être tout simplement en lisant et en faisant lire Cécile Wajsbrot qui ne devrait pas être perçue comme un écrivain pour initiés car c'est notre Histoire qu'elle évoque inlassablement et brillamment. « Tous les pays se couvrent de mémoriaux quand il est trop tard.  » Il n'est jamais trop tard pour la rencontrer.

Mémorial figurait dans les deux premières sélections 2005 du Femina et du Renaudot.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Cécile Wajsbrot.

Lire un entretien à propos de ce livre et autour de la littérature sur sur Remue.net

 

 

 

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